La première conférence « Ethics by Design » dédiée à la conception numérique durable en France a eu lieu le 12 mai 2017 au sein de l’ENS de Lyon. altima° y était avec Amandine (Directrice Artistique), Nicolas (Directeur de Création) et moi, Asma (Webdesigner).

Nous avons assisté à 4 conférences et 2 ateliers, de quoi nous poser de vraies questions sur la possibilité ou non de construire une technologie éthique. Est-ce vraiment une utopie que de demander de produire une technologie qui répond réellement à ce dont l’utilisateur a besoin ? Voici en quelques lignes les moments forts de cette conférence.

 

 

Hubert Guillaud: Peut-on répondre à la conception de notre exploitation comportementale ?

Hubert Guillaud, journaliste rédacteur en chef de InternetActu.net nous a tout de suite mis dans le vif du sujet. La première image projetée de sa présentation était celle d’un « mignon petit » chaton. Il réussit très bien à introduire son sujet car toute la salle pousse alors un gémissement : « oh il est trop mignon ». Effectivement, nous avons été attendris par la photo de ce chaton qui se roule par terre. Mais quoi de plus normal ? À qui la faute ? Est-ce celle d’Hubert qui a choisit de nous diffuser cette photo ? ou bien la nôtre car nous nous sommes laissés influencer par nos sentiments ? Selon l’orateur, c’est à l’utilisateur de prendre garde car il s’agit de son addiction.

Existe-t-il un remède à cette addiction ? Est-ce que la déconnexion en est une ? Bien que l’hyper connexion omniprésente, ait ses désavantages (elle favoriserait l’isolement, ne permettrait plus aux gens de se voir et les relations qui en seraient issues seraient « fragiles »), pour lui elle a surtout des avantages. En effet, toujours d’après lui, l’écran permet de développer d’autres relations, visant des catégories de personnes spécifiques (des personnes timides, des gens qui ont des intérêts plus personnels qu’ils ne trouveront pas forcément dans la rue).

Il explique alors que malgré les côtés néfastes de la technologie, on ne peut pas nier ses avantages. L’utilisateur doit être doté d’une capacité à se contrôler et pas seulement d’une volonté. Aujourd’hui, seuls quelques outils tels que la « Demetrication Facebook » de Benjamin Grosser peuvent aider à lutter contre les interfaces qui exploitent notre attention. Ce dernier permet de masquer toutes les mesures sur Facebook et par conséquent efface la valeur sociale.

James Williams: Freedom and persuasion in the attention economy

Pour James Williams, chercheur en éthique du design et co-fondateur de Time Well Spent, la technologie est déjà très avancée et elle est surtout irréversible. Les innovations se multiplient constamment à tel point que les utilisateurs n’ont même pas le temps de s’y adapter. Il constate que cela impacte directement les relations humaines et que les gens ne communiquent plus comme avant. Il rappelle que les interfaces incluent des récompenses ponctuelles pour attirer l’attention des utilisateurs et par conséquent influencer leurs comportements. Selon lui, la technologie nous empêche de faire ce qu’on veut, d’être ce que l’on veut et de vouloir ce que l’on veut.

De plus, en tant qu’utilisateurs, nous avons un appétit infini pour la distraction et ceci est un appât pour le design. Pour lui, il n’existe pas de design neutre. Malgré le fait qu’il ait cette vision, il pense qu’il n’est absolument pas utopique d’espérer et de demander à avoir une technologie éthique.

Le premier atelier reprenait le point de vue des deux premiers conférenciers qui est que la technologie n’est pas éthique. En effet, il fallait trouver des moyens de persuasion pour inciter les utilisateurs à utiliser une application de rencontres même après s’être marié.

Olly Wright : L’éthique de l’architecture

Quant à Olly Wright, responsable de la stratégie chez Emakina, il nous confirme qu’il est possible d’aligner du design éthique avec un business modèle économique tant que l’on peut fournir des chiffres avantageux aux investisseurs. Pour lui, il faut donner du choix aux utilisateurs pour les aider à vivre la vie qu’ils souhaitent. Il faut être « le business » que les gens attendent. Sa conclusion nous apprend que nous passons d’un modèle fonctionnel comprenant la croissance, la rapidité, la rentabilité et l’efficacité à un modèle humain incluant l’éthique, l’authenticité, l’aide et la durabilité. Le business modèle d’aujourd’hui doit permettre à l’entreprise d’obtenir un retour sur investissement, aux clients d’avoir du choix sur les produits et services et pour les employés d’avoir un modèle opératique.

Olly Wright animait l’atelier de la deuxième partie de la journée. La consigne était de choisir une marque connue pour son côté « non éthique » et concevoir un nouveau business modèle éthique qui répond aux attentes des 3 principaux acteurs : les investisseurs, les utilisateurs et les salariés.

 

Vivement la prochaine édition !